Snood Eden : le début et la fin de votre histoire…

Snood Eden le début et la fin de votre histoire

L’assemblée des Célestes terminée[1], Elyona se retira, pensive, dans le jardin d’Eden.

Une multitude d’idées et de questions en tête, elle déambulait au gré des allées fleuries sans sentir la présence du Grand Intendant derrière elle, aussi fut-elle surprise que l’eau de la fontaine de Jouvence reflétât le visage du Céleste, en plus du sien.

“Cette Assemblée et les décisions qui ont été prises ou, au contraire, ont dû ne pas l’être, ont été éprouvantes.
Pour autant, je ne pensais pas vous voir un jour, vous dont la patience et la résilience semblent sans limite, errer telle une âme en peine dans mes jardins.

– Semblent… Paraissent… Ce ne sont que des illusions, comme le pouvoir que nous sommes censés avoir et pouvoir exercer quand des règles abusives les contraignent et les censurent.”

Il en déduisit qu’elle n’était pas seulement pensive mais également amère, blessée et sur ses gardes.

“Margarictus est un abruti, s’il était nécessaire de vous le confirmer et si cela devait répondre à une question que vous vous poseriez actuellement.”

Elyona soupira, Eden avait ce don, à la fois béni et profondément agaçant, de lire en vous comme dans un livre ouvert.

“Ils questionneront toujours ma présence à leurs côtés et ma place à cette table.

– Elyona, il y aura toujours du monde pour vous dire que la Terre était plate et portée par 4 éléphants sur le dos d’une Tortue, il n’en demeure pas moins que cela n’a jamais été vrai.

– Vous me comparez à rien de moins qu’une âme-fille, merci du compliment.”

Son expression s’était radoucie, son sourire naturel revint rapidement sur ses lèvres et des étoiles scintillaient de nouveau jusqu’au fond de ses yeux lilas.

“Il n’a pas toujours été ainsi, vous savez.

– Margarictus ?

– Autrefois, il s’agissait d’une personne tout à fait honorable ; pourtant aujourd’hui j’ai régulièrement l’impression de croiser quelqu’un qui m’est entièrement étranger.
Quelque chose a fini par le dévorer de l’intérieur et s’il n’a jamais trahi notre ordre et son rôle, ni ses semblables, il n’en reste pas moins vrai que sa part d’ombre est en train de le consumer.”

Elyona laissa son regard se perdre dans l’immensité de l’univers et des étoiles qui baignaient l’Amarmenel.

“C’est triste, en vérité.
Je me demande combien de nos adelphes sont en proie à un tel combat intérieur…”

Eden posa la main sur son épaule et lui adressa un de ses plus beaux sourires, les yeux presque clos.

“Tous, absolument tous.
Ne le savez-vous pas après votre petit voyage dans le cubeworld[2] ?
N’ayez pas l’air étonné, à votre avis, qui a bien pu faire part de l’existence de cet univers singulier aux gnomes qui en ont écrit la légende ?
Rappelez-vous.”

Elyona ferma les yeux quelques secondes, elle revit son périple de cube en cube, la rencontre qu’elle avait vécu avec son véritable “Soi”, l’histoire de comment elle avait engendré cette autre réalité… Avec lui.
Elle se voyait à présent clairement lui décrire les lieux et lui demander de tracer la carte et de documenter un minimum des archives çà et là, pour permettre aux gnomes de bâtir un mythe qui la mettrait sur ses propres traces.

“C’est vrai, cette forme de haine envers moi-même aurait pu coûter jusqu’à ma vie, si je ne m’étais pas retrouvée, si je m’étais égarée comme cet autre moi, de l’autre côté du miroir.
Je comprends mieux, même si je ne peux accepter sa position.

– Et personne ne le demande, ce qu’il faut, c’est ne pas oublier les blessures qui nous conduisent où nous en sommes.
Vous êtes légitime, comme il l’est, comme nous le sommes tous malgré et à travers nos différences.

– Et vous, qu’est-ce qui vous ronge, exactement ?”

Il sourit de nouveau, il savait qu’il n’aurait pu échapper à la question.

“Je porte le fardeau de ce discours parce qu’il se veut celui qui nous rassemble alors qu’il se trouve exactement être celui qui nous a divisés.”

Il y avait une pointe de tristesse dans sa voix.
Elyona fit rapidement le calcul.

“Vous avez eu cette discussion avec lui, avant qu’il ne lance sa révolte contre les Célestes et ne crée les premiers elfes noirs…

– J’ai scellé l’existence du Diable en apprenant à mon frère à embrasser sa part d’ombre, alors qu’elle le dévorait déjà largement plus que tout ce que j’aurais pu imaginer.

– Et vous êtes ensuite venu ici pour limiter les dégâts.

– En devenant le Grand Intendant des Célestes, je pouvais impacter encore ses activités et les pouvoirs que vous détenez pour corriger les conséquences de mes paroles.
Je dois néanmoins vous prévenir que je ne les regrette pas.
Je ne crois pas qu’il y ait du faux dans ma vision du monde, je crois qu’il y en avait seulement dans la vision de mon frère.”

Elyona acquiesça doucement.
La tendresse dans son regard apaisa Eden.

“J’ai un présent pour vous, si vous me le permettez, Archange.”

Il lui tendit une sorte d’écharpe, dont la fin était cousue au début, formant une grande boucle.
L’étoffe était visiblement d’origine artisanale, on pouvait distinguer les points qui formaient également des boucles entrelacées, des rangées imbriquées les unes avec les autres, dans des coloris pastel très doux.

“Me croirez-vous si je vous dis que cela a été conçu par les épaisses mains d’une naine ?
Dame Jenælya Fin-Crochet, qui tient une petite boutique non loin de la forêt de Drudenrir, devant laquelle vous êtes probablement déjà passée à maintes reprises sans réellement l’apercevoir.”

Il était vrai qu’on ne s’attendait guère à voir des naines produire un travail d’une telle méticulosité et pourtant, le goût des nains pour les métiers nécessitant de la précision comme l’horlogerie ou la joaillerie était notoire.

“Est-ce une leçon, Eden ?
Un rappel qu’il faut voir au-delà des clichés qui persistent malgré ce que nous savons des gens ?

– C’est un rappel que les Célestes sont éternels dans leur diversité.
Cette naine marchera parmi nous à la fin de son existence actuelle.
Comme vous marchez aux côtés de Margarictus depuis votre ascension.
Comme je foule ce jardin, chaque fois que je bous intérieurement, comme ce jour, face à notre impuissance collective.
Ce point a été choisi pour rappeler que le commencement et la fin sont des intrications, parfois imperceptibles, souvent indémêlables, qui forment et définissent le début de qui nous sommes, individuellement et collectivement.
Les couleurs pastel proviennent directement des massifs floraux qui nous entourent et qui composent toutes les couleurs des mondes de l’Astria.”

D’un geste, il l’invita à baisser la tête, de façon à lui passer l’étoffe autour du cou.

“Habituellement, l’on forme deux tours pour le porter près du cou ; dans le cas présent, il me semble que le message prend encore plus de sens, si vous le conservez ainsi.”

La longue étoffe retombait jusqu’à la ceinture d’Elyona, formant le symbole de l’infini.

“Quel que soit votre voyage personnel, quel que soit votre rôle dans ce monde aujourd’hui, comme demain, vous êtes le début et la fin de l’histoire que vous écrivez.”


Tous les personnages sont la propriété de Julie -Animithra- FERRIER et proviennent de l’univers des Aventuriers d’Orkradour (extrait du Tome 1 lu par Pierre-Alain de Garrigues : juste ici).

Cette histoire a été écrite sur mesure, durant un live sur http://twitch.tv/julieanimithra !

Vous pouvez passer commande d’une histoire et soutenir une association par la même occasion : https://sociolution.org/boutique/une-histoire-pour-vous/

[1] Référence à une nouvelle de “Préludes, recueil de nouvelles disséminées dans l’espace et le temps”

[2] Référence à “Cubeworld, le voyage personnel d’Elyona”

Laisser un commentaire